Hospitalité Notre Dame de Lourdes, Diocèse de Saint-Dié

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Accueil Spiritualité Présentation du thème 2014 par le Père Heinrich

Présentation du thème 2014 par le Père Heinrich

Ils viennent à la source quêter du réconfort, une joie ou quelque chose de plus... Rocher et source attirent et consolent.

On y cherche un peu de joie, et cette joie est offerte : Bernadette dira : « La Grotte était mon ciel ! ». 18 rencontres avec la Belle Dame : moments de joie, de réconfort, même de rire ! Mais pas n'importe quelle joie ! « Je ne vous promets pas dêtre heureuse en ce monde mais dans l'autre… » (à la 3ème apparition).

Marie ouvre, pour ceux qui le veulent, un chemin vers ce bonheur éternel, mais qui n'est pas à considérer seulement comme promis après la mort − car c'est le bonheur dès maintenant de se savoir aimé ! Aimé de Dieu, bien sûr, mais aimépar Marie… Bernadette : « Elle me regarde comme une personne regarde une autre personne ».

La seule tristesse des rencontres entre la Dame et Bernadette, ce sera l'évocation du péché, véritable obstacle à la joie promise.

Marie est venue pour nousinviter à la joie ; joie donnée, reçue, mais joie de l'Evangile (cf. le pape François} fruit de notre conversion : « Convertissez-vous et croyez à l'Évangile ».

I. Bernadette reçoit un chemin de conversion

Comment Bernadette va voir se transformer sa vie ?

Penser au sens du mot « CONVERSION » changement − retournement…

On croit souvent que la conversion c'est affaire de choses pénibles à faire et à vivre («Carême » je vais faire des efforts…), alors que la conversion est réponse à un appel qui nous dépasse. C'est Dieu qui a l'initiative.

À la Grotte, Bernadette est surprise par la venue de cette Belle Dame. Dès le 11 février, Bernadette et ceux qui l'entourent se demandent : «Qui est cette Dame ? ». Marie ne veut pas d'abord satisfaire la curiosité : Elle invite Bernadette à venir : « Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant 15 jours ? » On pense à l'invitation de Jésus aux premiers apôtres au bord du Jourdain : « Où demeures-tu ? » - « Venez et voyez » En venant à la Grotte voir la Dame et en demeurant avec elle, Bernadette va découvrir et approfondir le chemin du vrai bonheur. Elle n'en a pas l'initiative ; elle va apprendre à le recevoir comme une grâce.

Bernadette, certes, a déjà la foi, reçue de ses parents ; mais elle est dansla misère ; elle vient chercher du bois pour se chauffer. Et c'est Dieu qui, un jour, a dit à Moïse : « J'ai vu la misère de mon peuple » c'est ce même Dieu qui, en la personne de Jésus, nous a dit : « Votre tristesse se changera en joie...et cette joie, nul nepourra vous la ravir » c'est Dieu qui va faire découvrir ici à Bernadette une joie qu'elle ne connaissait pas : cette joie va profondément changer la vie de Bernadette. Elle va suivre un cheminde conversion : se convertir c'est se tourner vers Dieu. L'histoiredu peuple juif résonne de cet appel de Dieu à la conversion, particulièrement à travers les prophètes :

Joël : « Revenez à moi de tout votre cœur ! »
Isaïe : Dieu s'adresse à son peuple : « Reviens vers moi car je t'ai racheté »
Jérémie : « Revenez donc » oracle du Seigneur !
Ezéchiel : « Revenez, détournez-vous de vos idoles »

Bernadette, comme les Hébreux dans l'Écriture, est invitée à se tourner davantage encore vers Dieu. Et là, elle va faire l'expérience de cette joie dont parle Jésus dans l'Evangile : « Je suis venu pour qu'ils aient la vie et la vie en abondance... Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que vous soyez remplis dejoie ! » (Jn10,10 − 15-11)

L'appel de Dieu à la joie est « chemin de conversion ». Dieu vient à notre rencontre. C'est bien ce qui se passe pour Bernadette : elle reçoit la visite de Dieu à travers la Dame. Et quand Dieu vient nous visiter, Dieu s'engage lui-même à changer notre coeur pour que l'homme s'attache à lui sans réserve : Ezéchiel : 11,19-20 : « Je mettrai en vous un esprit nouveau; j'enlèverai votre coeur de pierre et je vous donnerai un coeur de chair. Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu ! ». Et c'est en Jésus que Dieu réalise sa promesse : notre vie, en Jésus, prend son sens : elle est reçue de Dieu et tournée vers Dieu. Notre chemin est illuminé, animé, dynamisé par la joie et I'amour du Dieu vivant auquel répond un cœur qui s'incline vers lui pour accepter sa volonté.

Bernadette reçoit cette grâce en rencontrant la Belle Dame. Elle allait chercher du bois pour soulager sa misère et celle de sa famille ; elIe découvre le ciel qui s'est penché sur elle pour l'inviter à répondre à l'appel du Seigneur qui proclame la joie de la conversion sans laquelle les joies de la terre ne sont rien. Tout cela lui est donné ; à elle de répondre librement : « Voulez-vous me faire la, grâce... ? ». Nous aussi, en allant à Lourdes, nous recevons avec Bernadette cette lumière qui éclaire notre vie. Osons nous laisser convertir pour vivre cette joie qui éclaire toute notre vie.

II. Joie de la rencontre et promesse de bonheur our Bernadette

Bernadette est transportée de joie par la rencontre qu'elle vit. On veut l'empêcher d'y aller ; elle ne peut s'en passer… Elle ne peut expliquer cette joie. Elle n'a pas les mots du catéchisme. Elle fait l'expérience de l'amour de Dieu. L'amour ne se prouve pas, ils'éprouve. Aucune conversion n'arrivera au bout d'un discours, c'est le fruit d'une expérience. Avec le recul, on peut dire que Bernadette est saisie de l'intérieur par la contemplation de la Belle Dame, d'une contemplation qui est expérience de vie au plus intime de son cœur autant que de son corps (à tel point qu'elle nesentira pas la flamme du cierge (le 7 avril, à la 17ème apparition)).

« Réjouis-toi Marie, combiée de grâce ». On peut dire que Bernadette reçoit aussi cette salutation… Et c'est bien ce que Dieu veut pour chacun de nous : Relire ici le merveilleux passage de la Lettre aux Ephésiens de l'Apôtre Paul (1,3-10).

Quand Marie, à la 16ème apparition, dit son nom : « Je suis l'Immaculée Conception » elle ne dit pas autre chose que le plan d'amour de Dieu sur toute la création dont elle est le premier et le plus beau fruit. Contemplant Marie, nous pouvons affirmer que ni la misère, ni le péché, ni la mort n'ont le dernier mot sur notre existence. Le dernier mot appartient à Dieu ! Une telle découverte, une telle rencontre demande du temps… Nous vivons aujourd'hui dans le monde de l'immédiateté. En un instant, on est en communication avec le monde entier… en un clic, on atteint une personne à l'autre bout de la planète… Pour une relation en profondeur, il faut du temps.

Les premières paroles de la Dame à Bernadette, le jeudi 18 février à la 3ème apparition sont significatives de cet esprit qui respecte le temps nécessaire pour une vraie rencontre ; Bernadette lui demande son nom, en lui présentant un écritoire ; la Dame lui répond que ce n'est pas nécessaire : « Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant 15 jours ? Je ne vous promets pas le bonheur en ce monde, mais dans l'autre. ». Dans l'histoire du salut il en est de même : quand Dieu se manifeste à Moïse et que celui-ci lui demande qui il est, Dieu dit seulement : «Je suis celui qui suis » Cela signifie : c'est en marchant avec moi que tu sauras qui je suis. Et ce fut le long pélerinage du peuple d'Israël : « Écoute, mon peuple, je t'adjure, Israël ! Ah ! Si tu pouvais mécouter… Mais mon peuple n'a pas écouté ma voix... Ah ! Si mon peuple m'écoutait…»(Ps. 80-81)

15 jours pour écouter le Ciel ! 15 jours, c'est long pour une enfant de 14 ans, quand la maladie et la faim vous tenaillent et que le froid de ce mois de février vous glace d'humidité près du Gave. Pourquoi 15 jours ? Et quelle idée d'avoir choisi ce lieu de misère ! Marie va encore plus loin : « Je ne vous promets pas… » Marie rappelle à Bernadette que la vie terrestre est un long pèlerinage. Il faut apprendre la joie de la rencontre de Dieu à travers la prière longue, persévérante, à travers la pénitence, chaque jour, chaque année… Bernadette commence à goûter la joie de cet autre monde, en entrant maintenant dans cet autre monde qui est celui de l'Évangile des Béatitudes.

Toutefois, la plénitude de cette joie sera seulement pour le ciel. On veut l'empêcher d'y aller, mais on ne peut la retenir. C'est le cœur en joie qu'elle court à Massabielle chaque matin de la quinzaine. Ce qu'elle expérimente au plus profond d'elle-même est trop fort pour qu'on puisse la retenir.

« Comme le Père m'a aimé, demeurez dans mon amour » (3n 15,9)

À la Grotte, Bernadette vit une rencontre unique qui lui fait même échapper quelques instants à ce monde de la terre au point qu'à la 17ème apparition la flamme du cierge ne la brûle pas. Même si elle a fait l'expérience de l'amour en famille, elle expérimente là un amour infini, éternel, semblable à nul autre pareil.

Demeurer dans et amour, la joie de la rencontre et la promesse de bonheur, c'est la joie de la conversion.

III. Lumière et vérité rendent libre

Alors, il y a le problème du mal et de la souffrance… La jeune fille qui se rend à la Grotte ce matin du 11/02/1858 est une enfant qui souffre : famille dans la misère, logée au cachot, malade, asthmatique suite à une épidémie de choléra, père accusé injustement, victime d'injustice, de vexations, souffrant de la faim et du froid… Mais éduquée dans une foi profonde (elle porte son chapelet sur elle).

Se souvenir qu'elle mourra à l'âge de 35 ans et dans sa maladie elle dira : «Je suis moulue comme un grain de blé ». Mais elle dira aussi : « je suis plus heureuse, sur mon lit de douleur, avec mon crucifix qu'une reine sur son trône ».

Très contrariée par tous les interrogatoires, elle est traitée de « merdeuse », giflée… Si elle touche au bonheur d'être aimée, elle expérimente aussi le drame de ce monde qui souffre, de l'humanité pécheresse.

Invitée à prier pour les pécheurs, invitée à se convertir : Bernadette entend Marie qui appelle à la pénitence ; et cependant, tout en parlant du péché, Marie lui donne d'entrevoir un monde sans péché à travers l'Immaculée Conception. Le monde pécheur (19è-21è siècles) ne peut être sauvé qu'à travers le mystère du Verbe incarné. « Priez Dieu pour la conversion des pécheurs ! ». Cette invitation reviendra plusieurs fois. Prier pour les pécheurs, c'est déjà demander la grâce pour nous-mêmes de nous ouvrir à Dieu, de nous laisser envahir par l'amour de Dieu.

Prier pour les pécheurs, c'est nous ouvrir à la grâce de la conversion. « Priez pour nous, pauvres pécheurs ». Importance de la prière, expression de la conversion, qui mystérieuse nous transforme de l'intérieur, par le don de l'Esprit-Saint.

« Embrassez la terre en signe de pénitence pour les pécheurs » (24/02 − 8ème apparition). S'incliner, se prosterner pour baiser la terre (Cf. Jean-Paul II). La conversion ne se proclame pas : « Ton Père qui voit dans le secret ». Humilité. Pénitence. Pénitence. Pénitence. L'homme pécheur va devoir peiner pour faire travailler les mouvements de son coeur dans un sens opposé à toutes les habitudes prises pour satisfaire égoïstement ses passions et ses désirs même légitimes.

Marie demande à Bernadette trois gestes de pénitence : baiser la terre, aller à la source et s'y laver, manger des herbes…

Pour se convertir, il faut passer par un arrachement à ce qui détourne notre vie de l'amour de Dieu et de nos frères :

a) «Allez à la source boire et vous y laver » Bernadette pose un acte d'obéissance. Elle se laisse conduire sur le chemin de la conversion. Par le désagrément de ce geste, elle manifeste son détachement de ce qui fait que nous cherchons plutôt notre confort, plus que l'effort lié au dépassement de soi-même. Aller à Lourdes boire à la fontaine et s'y laver le visage, ou se laisser plonger dans la piscine n'est pas un geste magique. Il est abandon de soi, remise de soi au Christ qui est source de vie. « Venez à moi, vous tous qui peinez » (Mt. 11,28) « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5)

b) « Vous mangerez de cette herbe qui est là » Étonnant ! Bernadette obéit devant la foule médusée. On peut évoquer le repas mémorial de l'Exode (pour les Juifs) qui était préparé avec des herbes amères. Jésus est le nouvel Agneau pascal. Bernadette, en mangeant, signifie sa volonté de sortir du péché par une décision qui est union au Christ. Pensons à St Paul: « En ce moment, je trouve ma joie dans les souffrances que j'endure pour vous, et je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps qui est l'Église. » (Col. 1,24) Porter sa croix avec Jésus…

IV. La source des sacrements cheminsde conversion

« Allez à la source » Marie appelle Bernadette ce jeudi 25 février. (9ème apparition). Jeudi, jour de l'institution de l'Eucharistie et du sacerdoce ministériel. Eucharistie « Source et Sommet » (S.C. 10).

Jeudi 3 juin 1858 : Première Communion de Bernadette, Jour de la Fête-Dieu. Marie renvoie à la source à Jésus par les Sacrements : Bapt. Conf. Euch. Etc… La conversion est joie de communion à Jésus par les sacrements.

« Avance en eau profonde » (Luc 5,4) II s'agit de se plonger résolument dans la vie trinitaire qu'offrent les sacrements. À Lourdes, l'Eucharistie avec le Sacrement du Pardon et l'Onction des Malades sont les seuls célébrés. Cela manifeste que le sommet d'un pélerinage, c'est la communion. On vient en pèlerinage pour aller à la source de la vie, pour se tourner en vérité vers cette source. On vient en pèlerinage pour vivre une démarche de conversion.

Bernadette, enjanvier 1858, après un séjour à Bartrès où elle pensait se préparer à sa Première Communion, rentre à Lourdes, là où il y a des prêtres. Sa fidélité à l'Eglise est totale. Dès qu'elle rencontre la Dame, elle court à l'église paroissiale se confesser et demander conseil. Sa conversion la renvoie à l'Église, en ses ministres et ses sacrements. Sans compter qu'il n'y a pas de sacrements magiques, mais une nourriture à la Parole de Dieu. La conversion est transformation de toute sa vie à l'écoute de la Parole de Dieu et par la vie sacramentelle pour être Un avec Jésus.

CONCLUSION

1. Jean 1,1-14 La vraie joie est communication, joie à partager.

« Allez dire aux prêtres qu'on fasse bâtir ici une chapelle et qu'on y vienne en procession. »

Bernadette transmettra son message aux prêtres, à sa famille, à la ville, aux autorités... Puis, elle s'effacera. « Ce qui me concerne ne me concerne plus ».

Elle a confié le message à l'Église. Ainsi, nous aussi sommes envoyés pour être témoins de la joie de la conversion.

Père Jacques HEINRICH