Hospitalité Notre Dame de Lourdes, Diocèse de Saint-Dié

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Homélies du Père Devillard pour le pèlerinage 2013

 

Pèlerinage 2013 : « Lourdes, une porte pour la foi »

 

Dimanche 07 juillet

« Un pèlerinage : une porte sur la découverte de l’autre, sur notre humanité avec nos désirs et nos attentes profondes. »

Textes du jour :

Isaïe 70, 10-14 : Dieu dit « vous serez comme des nourrissons que l’on porte sur ses bras, que l’on caresse sur ses genoux » Psaume 65 : « venez et voyez les hauts faits de Dieu » Galates 6, 14-18 : « ce qui compte c’est la création nouvelle » Luc 10, 1-20 : dans toute maison où vous entrerez ,dites d’bord : paix à cette maison »

Homélie :

Nous voici donc en pèlerinage à Lourdes mais un pèlerinage qui est diocésain, présidé par notre évêque. Alors que notre diocèse vit une nouvelle page de la mise en œuvre de son projet, alors que des laïcs sont envoyés en mission pour annoncer la bonne nouvelle du Royaume en collaboration avec les ministres ordonnés, prêtres et diacres, nous voici arrivés en ce lieu comme les disciples au retour de leur mission. Et pour vivre ce temps avec le Christ, nous portons nos regards vers Ma rie dans ses rencontres avec Bernadette, pour nous laisser guider tous ensemble sur son chemin de foi.

Dans nos lieux de vie, dans la vie du monde qui est le nôtre, nous ne voyons pas toujours, comme les disciples en ont fait l’expérience, les forces du mal être vaincues ; nous faisons si souvent l’expérience que ce mal écrase, détruit, que ce soit dans des évènements naturels (il suffit de se rappeler ce qui s’est passé ici), ou par les humains eux-mêmes… En venant ici, nos avons tous au fond de nous des désirs que nous avons parfois du mal à extérioriser ; nous avons été invités à les exprimer.

C’est pourquoi ce temps qui nous est offert peut devenir le temps de la « consolation », ce temps qui permet d’accueillir « la paix comme un fleuve » comme l’annonçait le prophète Jérémie pour Jérusalem. Cette expérience à vivre, il l’annonce avec des mots qui expriment toute la tendresse de Dieu : « Vous serez comme des nourrissons que l’on porte sur son bras, que l’on caresse sur son genou… moi-même je vous consolerai… vos membres, comme l’herbe nouvelle, seront rajeunis. » Cette expérience va se vivre dans les gestes, les regards, les paroles que nous auront les uns vis-à-vis des autres. Et pour trouver cette audace, nous regardons comment Marie, en s’adressant à Bernadette, l’a reconnue comme une personne unique avec beaucoup de respect.

Mais cette paix est maintenant donnée par le Christ dans sa mort et sa résurrection : un des signes de la présence du Ressuscité est cette paix qu’il nous donne : « Je vous donne la paix », une paix signe de cette création nouvelle qui se réalise en nous quand nous vivons notre existence humaine à sa suite, en passant avec lui par sa croix. Passer par la croix, c’est aller au-delà de ce qui se vit – souffrance, violence, haine – pour laisser l’amour irradier l’existence : ainsi nous construisons notre humanité pour qu’elle devienne « à l’image de Dieu ». Pour cela il nous faut accepter de sortir, de partir, d’aller vers l’autre… et d’être disponibles et simples, « je vous envoie… n’emportez ni argent, ni sac… », sans se laisser effrayer par ce qui se passe, sans entrer dans des situations conflictuelles : « dites d’abord : paix à cette maison… », et dans ces relations annoncer que « le règne de Dieu est tout proche » : il reste donc à en trouver les signes pour le faire advenir.

La Vierge Marie est venue à la rencontre de Bernadette dans une grotte ; cette grotte n’était pas très propre. Il a fallu que Bernadette regarde d’une manière bien particulière pour découvrir cette présence : elle, qui connaissait la force de l’amour au cœur d’une famille très fragilisée par les évènements de l’époque, avait sans doute acquis la capacité de regarder au-delà des noirceurs de l’humain pour y rencontrer cette présence lumineuse.

Qu’avec Bernadette, au long de ce pèlerinage, nous découvrions cette présence lumineuse qui nous entraîne vers le Christ, présence lumineuse de Dieu. Qu’en affinant ainsi notre regard nous puissions garder, comme Bernadette, une trace qui nous fera tenir dans la foi et vivre dans la paix du Christ ressuscité.



 

lundi 08 juillet

« Le salut du monde : une porte pour s’ajuster au désir de Dieu. »

Textes du jour :

Galates 4, 4-7 : « tu n’es donc plus esclave mais fils » Psaume Jean 19, 25-27 : Jésus en croix dit : » femme voici ton fils…  voici ta mère. »

Homélie :

Venir comme malade ou accompagner des malades dans une démarche de pèlerinage, c’est prendre du temps pour regarder en face la maladie, le handicap, le grand âge. Et ici à Lourdes nous croisons continuellement ces souffrances. Et même si ces souffrances ne sont pas visibles dans notre corps, tant de souffrances s’expriment dans les regards, les supplications, les prières qui peuvent, ici, s’exprimer librement et de différentes manières.

Bernadette a rencontré très vite la souffrance : une famille qui connaît des difficultés énormes, elle-même avec une santé fragile… Mais au cœur de cette famille pauvre, il y avait beaucoup d’amour et de générosité, de don de soi. En venant à la rencontre de Bernadette, la Vierge Marie va lui faire vivre une démarche qui, progressivement, va l’associer à la mort et à la résurrection de son Fils.

Car Marie a connu dans son cœur maternel ce qu’était la souffrance : regardant son Fils cloué sur la croix, elle a ressenti dans sa chair cette haine et cette violence qui se sont déchainées autour de lui. Ce Fils avait fait naître en elle l’amour maternel, un amour qui a pour source l’amour maternel de Dieu qui aime aussi comme une mère. Et c’est ce regard d’amour qui lui donne de marcher à côté de son fils sur le chemin de la croix. Et comme son fils donne librement sa vie et par amour, elle est là la première à recueillir ce don qui va encore élargir son cœur, « femme, voici ton fils »… alors Jésus rend souffle après ce dernier geste d’amour. Marie, en ne se laissant pas écraser, elle aussi, par le mal et la souffrance, devient comme son Fils une femme libre, libre de la liberté même de Dieu, de la liberté de l’amour.

Lourdes, une porte de la foi : Lourdes est ce lieu où il est possible de faire naître cette force de l’amour en regardant, comme Marie et avec Marie, Jésus en croix. Avec elle nous ouvrirons ce chemin de lumière au creux de nos relations, dans nos regards sur nos souffrances et la souffrance du monde.

Lorsque Bernadette mangeait de l’herbe, se mettait à mettre de la boue sur son visage à la demande de la Dame, ceux qui la regardaient la prenaient pour une folle. C’était une manière d’associer ses souffrances et celles des hommes à celles de Jésus pour qu’ils les irradient de cette force d’aimer qui était en lui et qui la marque, l’empreinte dans sa chair de sa filiation divine. Cette expérience donnera à Bernadette de tenir bon dans sa foi tout au long de sa courte existence traversée par bien des épreuves. Bernadette peut rayonner de cette lumière reçue de la Dame, l’Immaculée Conception.

Depuis notre baptême, nous sommes nous aussi plongés dans la mort et la résurrection du Christ. En venant retrouver ici l’expérience de la rencontre de Marie avec Bernadette, nous découvrons en nous cette force d’amour qui nous fait devenir fils et filles d’un Dieu Père à l’image de Jésus. Et nous devenons encore davantage ces fils et ces filles qui, dans de Dieu, en les refusant, sont libérés de l’esclavage de toutes forces du mal. Avec le regard maternel de la Vierge Marie et le soutien de la prière de Ste Bernadette, nous offrons toutes nos souffrances avec le pain et le vin, celles de tous nos frères et sœurs humains ; regardons-les dans le Christ qui vient les prendre à pleine main et entendons Jésus qui nous dit, comme au disciple, « Voici ta mère ».

 


 

mardi 09 juillet

« La diaconie : une porte qui nous met dans les pas de Jésus. »

Textes du jour :

Genèse 32, 23-32 : dans un songe , Jacob combat avec Dieu : il en sort blessé mais fort pour affronter l’avenir. Psaume 16 : « tu sondes mon cœur, tu me visites la nuit » Matthieu 9, 32-38 : « Jésus, voyant les foules, eut pitié d’elles » (Consécration d’une hospitalière)

Homélie :

Rencontrer l’autre, celui qui est différent de moi, n’est pas facile. Rencontrer la souffrance des autres, c’est regarder ma propre humanité qui est elle-même marquée par la fragilité et l’accueillir pour laisser place à un avenir. C’est le chemin de la confiance, de la foi en l’autre : chemin sans cesse à reconstruire.

Jacob se lève avec les siens mais voici que, dans la nuit, seul, il vit un combat avec quelqu’un qu’il nomme Dieu ; il va sortir blessé de ce combat mais en même temps fortifié, fort pour continuer la route… Jésus, lui, va sur les routes et c’est la rencontre avec des hommes et des femmes blessés par la vie qui le touche au plus intime de lui-même : il est remué jusqu’au entrailles, il a pitié de ces foules. Il envoie ses disciples vers ces foules fatiguées et abattues comme des brebis sans berger. Il a d’abord rencontré le possédé muet et celui-ci se met à parler : ce n’est pas rien de pouvoir parler, exprimer ce que l’on a sur le cœur ; ainsi Jésus, lui aussi, mène un combat pour la vie au nom de Dieu son Père et de la confiance qu’il met en nous : il proclame la Bonne Nouvelle du Royaume et guérit toute maladie et toute infirmité.

Ce matin, nous nous retrouvons à la cité Saint Pierre, un lieu qui nous rappelle un aspect essentiel de la mission de l’Eglise : servir. Et parmi nous un certain nombre ont choisi de répondre à un appel particulier : être au service des malades au cours de leur pèlerinage à Lourdes. Ce sont les hospitaliers, nous serons témoins aujourd’hui encore d’une consécration pour ce service. Les témoignages écrits dans le train disent à quel point les relations ainsi construites font renaître joie, bonheur et espérance, moments forts de communion fraternelle. S’engager ainsi c’est accepter d’engager contre soi ce combat qui laisse place à l’autre dans sa différence et peut ouvrir en nous des blessures. Celles-ci peuvent alors être le lieu où Dieu nous touche et nous rejoint puisqu’en Jésus, Dieu vient porter avec nous la croix.

Accepter de laisser ses blessures pour nous laisser habiter par un autre : Bernadette a accueilli les messages de Marie sans toujours comprendre où cela la mènerait, elle a fait les gestes que la Dame lui demandait, elle est allée vers les autres en particulier pour dire ce que celle-ci lui demandait de dire. Cette jeune fille timide se laisse habiter par ce regard qui va la conduire à la rencontre des autres et de Jésus. Elle s’est mise à parler de cette présence avec audace et elle se laisse transformer par l’Esprit de Dieu qui l’habite.

Que ce pèlerinage nous permettent aux uns et autres, à travers l’engagement de quelques-uns, de nous mettre en route vers les autres en acceptant ces blessures qui nous permettront d’être habités par une Présence : celle de l’Esprit de Dieu qui nous façonnent à la ressemblance de Jésus. Nous repartirons forts de cette expérience pour continuer le combat de notre quotidien.


jeudi 11 juillet

« Marie envoie Bernadette vers son curé : nous sommes envoyés vers nos communautés afin de vivre et de devenir avec elles des portes de la foi. »

Textes du jour :

Genèse 44, 18…45, 5 : Par jalousie, Joseph a été vendu par ses frères. Il leur pardonne et re connaît l’œuvre de Dieu. Psaume 104 : «  révèle ta puissance, viens nous sauver » Matthieu 10, 7-1 : « proclamez que le Royaume des cieux est tout proche »

Homélie :

Lorsque le Bible nous raconte l’histoire de Joseph, vendu par ses frères par jalousie, nous avons l’impression d’entendre résonner à travers ce récit bon nombre de situations familiales ou sociales où cette même jalousie détruit et casse les relations fraternelles. Ce récit ne nomme pas Dieu, mais Joseph dit «  c’est pour vous conserver la vie que Dieu m’a envoyé le premier ». Il nous décrit la réconciliation de Joseph avec ses frères et nous fait comprendre que l’attitude de Joseph est celle-là même que Dieu invite à vivre : un pardon qui permet à la fraternité de se reconstruire dans la vérité, mais il faut du temps et de la patience. Dans les échecs, les souffrances, les divisions, la foi en Dieu fait ouvrir des portes qui permettent de construire des chemins de réconciliation, de fraternité nouvelle, non pas pour retrouver ce qui était avant, mais pour ouvrir de nouveaux horizons…

Jésus envoie les 12 et, comme les 72, il les envoie proclamer que le Royaume des cieux est tout proche… le Royaume c’est le travail de Dieu qui précède les envoyés et qui est sa vie même au cœur de chacun. Les 12 sont envoyés pour faire surgir la vie que Dieu a ainsi donnée à chacun. Et cette présence de Dieu en chacun est signifiée par le don de la paix, la paix du Christ ressuscité, plus forte que la haine, la violence et la mort ; la paix qui guérit, remet debout et construit des relations nouvelles.

Nous arrivons au terme de notre pèlerinage et nous voici, à notre tour, envoyés dans nos différents lieux de vie. Nous rejoindrons les communautés dont nus sommes membres : ce que nous avons reçu au cours de ces jours nous sommes appelés à le donner, « vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ». Ce dont nous avons à témoigner n’est pas d’abord une parole pour rendre compte, même si celle-ci pourra à un moment ou l’autre intervenir, mais il s’agit davantage de laisser irradier notre humanité de cette présence lumineuse que Bernadette a découverte à la grotte. Dans cette présence de Marie, l’immaculée, au creux même du rocher, Bernadette fait l’expérience que ce que Dieu réalise au creux de l’humanité avec ses faiblesses, ses fragilités, mais aussi avec ses noirceurs et ses violences. Dans ces regards croisés de Marie et de Bernadette, cette dernière trouvera cette force intérieure qui rayonnera à travers elle malgré, et au cœur de toutes ses épreuves et le fera tenir dans la sérénité et la paix. Elle nourrira en elle cette présence par la communion au Corps du Christ.

Nous retrouvons nos lieux de vie avec leurs difficultés, les désaccords et toutes les souffrances qui agitent notre monde. Nous retrouverons nos communautés chrétiennes qui se fragilisent mais aussi qui traversent des difficultés pour inventer un nouveau visage d’Eglise. Nous fêtons aujourd’hui Saint Benoit : il a su être disponible à cette présence agissante de Dieu ; sa foi en Dieu et sa confiance en Marie lui ont donné l’audace d’inventer de nouveaux lieux de fraternité pour vivre et annoncer le Royaume de Dieu. En communion avec tous ces témoins qui ont ouvert des portes de la foi, que nos communautés chrétiennes deviennent elles aussi une porte pour la foi. Osons regarder en chacun de ceux et celles que nous retrouverons cette présence lumineuse de Dieu capable de transformer les fragilités en force de vie. Ainsi notre pèlerinage à Lourdes aura bien été une porte pour la foi. Et pour vivre ainsi, accueillons encore cette paix du Christ donnée au cours de l’eucharistie, qu’elle s’ancre solidement en nous dans le geste de partage que nous ferons.


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